Verbe #4

Pouvoir vivre la vie que l’on s’est choisie

Pouvoir aimer librement celui qui a capturé mon coeur

Pouvoir manger sans se priver

Pouvoir marcher, courir, sauter, nager, danser…

Pouvoir se faire plaisir régulièrement

Pouvoir jouir de lui et avec lui

Pouvoir rêver encore et toujours

Atelier d’écriture n°266 – Une photo quelques mots

© Fred Hedin

© Fred Hedin

Sur le toit, un immense espace allait bientôt prendre une multitude de couleurs. Elle entendait déjà les oiseaux chanter et les abeilles vaquer à leur occupation favorite en butinant les fleurs fraîchement écloses.
Non loin du petit espace potager, des coussins et une table réalisée à l’aide de vieilles palettes pourraient accueillir les pauses du midi et les premiers apéros du printemps.

A l’étage du dessous, les bureaux avec d’immense baies vitrés pour surplomber la ville. Lieu propice à la créativité et à la concentration. Le tout sans ressentir la pression du quotidien.

Au premier, deux immenses salles de répétitions. L’une avec de grandes glaces et cette barre de danse dont elle avait toujours rêvé. La seconde avec un plateau nu mais donnant sur l’extérieur comme pour les préparer à conquérir le monde en brûlant les planches.

Le rez-de-chaussé sera le lieu de vie le plus important. Celui où tout commencera. Celui où les rencontres et les échanges prendront un tout autre sens. Du mobilier entièrement recyclé ou upcyclé. Un espace dans lequel la nature aurait sa place et où la luminosité naturelle sera reine. Quelques tables pour se poser lire, boire un thé, papoter. Des moments de partages où chacun apprend de l’autre et transmet avec passion. Au mur, les plantes feront la place à quelques livres, quelques objets d’arts. Sans chichis, juste pour promouvoir les talents du coin. Leur permettre de réaliser leur rêve. De faire un premier pas vers un public qu’il n’imaginait jamais toucher.

Il lui suffisait de fermer les yeux pour entendre le léger brouhaha des diverses salles occupées. Elle sentait les effluves de thé se mêlant avec l’odeur des fleurs envahir ses narines. Une petite musique de fond qui conférait au tout un côté zen et hors du temps. Elle se sentait à sa place pour la première fois. Une énergie inédite l’envahissait et bien qu’elle n’avait aucune garantie de réussir, elle savait. Elle savait que tout irait bien. Certes, elle devra être encore patiente. Elle y laissera quelques plumes en se blessant avec un marteau ou en voyant une marche céder sous les allers et venus des bricoleurs du dimanche venus l’aider… Plus de peur que de mal, heureusement. Et puis un beau jour, ses images ne seraient plus un simple rêve. Son « havre de paix » sera bel et bien réel. Elle se sentira invincible, même si être sa propre patronne lui offrira de nouveau revers de fortune et des défis insoupçonnés.

A côté d’elle, le regard de ses partenaires de « galère », du moins pour cette première phase, voyageait des ruines dans lesquelles ils se trouvaient au visage de cette jeune femme pleine d’espoir. Ils étaient tentés de la secouer en lui disant qu’elle était folle de croire que tout cela serait possible. De penser que cette bâtisse n’allait pas s’effondre dans la journée. Mais en l’écoutant, ils étaient contaminés par ses rêves, son enthousiasme et sa détermination. Alors il n’y avait plus qu’une chose à faire…

Se mettre au boulot ! Restait à savoir par où commencer…

Être un Choix…

Alors que les 3/4 des enfants, grandissaient avec l’image du prince charmant sur son beau destrier, j’ai grandi un peu plus rapidement que certains, vu qu’à 5 ans, cette notion était déjà une belle illusion à mon goût.

Un truc réservé aux contes de fées. Un concept que l’on martèle dans la tête des filles. Et quand l’âge des histoires de princesses ou des Disney est passé, on enchaîne avec les comédies romantiques et les grands principes d’idéalisme amoureux que la société tente encore de véhiculer tant bien que mal.

L’une de ses idées est d’être le Choix de quelqu’un. De sentir et savoir clairement que l’autre a jeté son dévolu sur vous et rien que vous. Que plus rien n’existe en dehors de vous. Que vous valez tous les sacrifices. Cette idée devient un principe qui doit être vécu.

Voilà ce que l’on m’a martelé ces derniers temps. Une manière pas si subtile de me faire comprendre que mes choix amoureux ne conviennent pas à mes proches et sont, selon eux, une perte de temps.

Une perte de temps pour qui ?

Pour eux, parce qu’ils gaspillent leur énergie à me juger et à tenter de comprendre quelque chose qui leur échappe.

Pas pour moi dans tous les cas, car je vis pleinement chaque moment et je n’en regrette aucun.

Être le Choix de quelqu’un…

Je trouve cela tellement réducteur. Je trouve cela tellement hypocrite.

Comment pourrais-je souhaiter être le Choix de quelqu’un, alors que je serai incapable de lui rendre la pareille. De le choisir envers et contre tout. De le placer avant le reste et moi.

Être le Choix de quelqu’un, c’est avant tout flatter notre propre ego. Vouloir se garantir le fait d’être sa priorité, le centre de sa vie. Graviter autour d’une seule et même personne… C’est probablement envisageable pour certains. C’est aussi leur but. Ce n’est pas le mien.

Je ne crois plus au Prince Charmant depuis belle lurette. D’ailleurs, y ai-je réellement cru à un moment ? Je me le demande.

Je n’ai pas besoin d’être son Choix pour être avec lui, pour l’aimer, pour me sentir bien. En créant cette relation qui est la nôtre, aussi peu conventionnelle qu’elle soit, il a déjà fait un choix qui me suffit amplement.

Pour ma part, si je devais faire un Choix un jour… Celui-ci serait sans nulle doute de me choisir. Parce que je refuse de me fondre dans un autre. Parce que je refuse de me perdre après avoir mis tant de temps à me trouver. Parce que la vie est faite de choix et de réduire ce nombre à un seul, c’est s’empêcher de vivre tellement de choses. Je n’ai pas et je ne lui demanderai pas de choisir, de me choisir. Je lui demande seulement de vivre et de profiter, comme je le fais.

La vie est trop courte pour se restreindre.

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Atelier d’écriture n°265 – Une photo quelques mots

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Les années passent et se ressemblent plus qu’on ne pourrait l’imaginer.

Il semblait sans âge, comme une statue de Rodin. Il appartenait au paysage au même titre que cette fresque peinte il y a des années sur les murs de l’immeuble voisin. On continuait à le remarquer mais il ne soulevait plus autant de questions.

Pourtant, elle s’était souvent demander pourquoi il passait son temps à compter ses billets. Peu importe l’heure de la journée ou la température, qu’il pleuve ou que la canicule frappe, il était toujours là.

Petite déjà, elle était intriguée par cet homme aux billets. Elle se souvenait être fascinée par ses mains manipulant ses fines couches de papier. Les rangeant de temps à autre dans la poche intérieure de sa veste. Il laissait quelques minutes s’écouler avant de vérifier que son butin était toujours là, bien à sa place. Par sécurité, il préférait le compter à nouveau. Il répétait ce processus inlassablement. Sans se soucier des autres.

Avec les années, elle était impressionnée par le fait que ce manège semblait passer inaperçu aux yeux des autres passants. Pourtant, elle avait déjà entendu les récits de personnes agressées après en sortant d’une banque. Les paroles de ses parents retentissaient à chaque fois dans sa tête : « Sois prudente quand tu as de l’argent sur toi ! », « Ne le manipule à la vue de tous ! »,…

Il semblait intouchable. Il semblait immortel. Comme si ce mécanisme, cette boucle sans fin l’avait préservé du temps. Son bonnet toujours vissé sur la tête, le regard dans le vague, semblant de rien capter de la vie l’entourant.

Malgré cela, de temps à autre, il surprenait un bambin passant devant sa fenêtre en lui offrant l’un de ses précieux billets. Un précieux trésor que chaque chanceux brandissait avec fierté.

A présent, elle s’amusait à observer la réaction des enfants qui captaient l’attention du vieil homme. Elle tentait de percer le secret qui l’amenait à en choisir un plutôt qu’un autre. Elle se délectait du sourire immense qui illuminait le visage des deux protagonistes au moment du don.

Ce qu’elle ignorait, c’est qu’il voyait bien au-delà de ses billets. Il l’avait repéré lui aussi. L’avait vu grandir. Se souvenait de la première fois où avec fierté elle avait fait du vélo toute seule dans la rue. Du regard dubitatif qu’elle lui avait lancé quand il lui avait offert son billet. De ce soir, où elle était rentrée en larmes, le cœur brisée par un premier amour déçu. De ce baiser échangé avec un autre jeune homme du quartier. Il avait noté sa manie d’esquisser des mouvements de danse tout en marchant. De ce sourire qui se dessinait régulièrement sur son visage quand elle observait la vie autour d’elle….

Il ne l’avait pas vu depuis un bout de temps, mais il n’avait pas oublié ses traits. Malgré le temps qui passe, les années qui s’écoulent, il détacha les yeux de ses billets. Il plongea son regard dans le sien. Pour la seconde fois, il entrait en connexion avec elle et lui offrit un clin d’œil plein de malice et de complicité. En recevant celui-ci, elle sentit une chaleur l’envahir et elle sut que rien ne pourrait l’atteindre aujourd’hui.

Atelier d’écriture n°264 – Une photo quelques mots

© Felix Russell-Saw

© Felix Russell-Saw

Tout plaquer.

Ne plus s’inquiéter du lendemain.

Arrêter de se demander comment on arrivera à boucler le mois.

Ne pas répondre quand le téléphone sonne et que le numéro ne s’affiche pas pour éviter de tomber sur un banquier mécontent.

L’absence de compte à rendre, d’explication à donner.

La liberté de ne plus justifier ses choix, ses refus.

Mais ce qu’il ne savait pas en prenant cette décision, c’est qu’il passerait de longues nuits d’insomnies à observer le plafond de son van.

Toutes les pensées de son ancienne vie venant se rappeler à son bon souvenir. Les peurs qu’il essayait de fuir refaisant surface. Les inquiétudes, jamais totalement oubliées, semant à nouveau le doute. Tel un disque hoquetant sur une vieille platine. Un refrain tournant en boucle comme celui d’une mauvaise chanson dont on ne parvient pas à se débarrasser en dépit des efforts faits.

Appeler de toutes ses forces ce sommeil qui ne vient pas. Après des heures qui semblent interminables, un rayon de lumière filtre et vient frapper son regard.

Lumière qui, comme par magie, vient effacer toutes les pensées qui se chamaillaient dans son cerveau.

Trouver la force en dépit de cette fatigue et de cette lassitude pour se lever.

Ouvrir la porte du van.

Ne plus bouger.

Se laisser envahir par la chaleur de l’air extérieur.

Inspirer à plein poumon cet air de fin d’été.

Ouvrir les yeux, tout simplement. Prendre tout ce que la nature a à nous offrir. Et soudainement avoir de nouveau ce déclic. Cette évidence d’avoir fait le bon choix. Se sentir serein, sûr de soi, inébranlable…

Etre libre.

Etre heureux.

 

 

Atelier d’écriture n°262 – Une photo quelques mots

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© Kot

Allez, essaye de sourire…

Donne lui ce qu’il veut. Après tout, ce n’est qu’une photo. Et puis c’est toujours flatteur que quelqu’un s’intéresse à toi.

Cela ne t’es pas arrivé depuis combien de temps ?

Tes gamins ? La dernière fois que tu les as vu ? Que tu as entendu le son de leur voix ? Tu parles, c’est à peine si tu te rappelles du nom du mari de la première et de la date de naissance de tes deux petits enfants… Remarque, ils sont peut-être plus nombreux aujourd’hui…

Et ton fils. Celui qui ne jurait que par toi quand il avait 10 ans. Mon père ce héros. Tu parles ! Une erreur, et voilà, le piédestal on l’oublie vite. Il avait tes yeux. Elle n’arrêtait pas de le dire. Enfin comme si cela pouvait m’aider à me faire une image concrète.

Les miroirs, je n’en ai pas croisé depuis des lustres. A quoi ça sert un miroir en dehors de vous renvoyer en pleine gueule toutes vos imperfections, vos erreurs…

Une photo. Je me demande franchement ce qui peut l’intéresser en moi. Les gens passent leur temps à me passer devant sans me voir. A croire que l’invisibilité est un don beaucoup plus facile à posséder qu’on ne l’imagine.

Il me sourit. De ce sourire qui en dit long. De celui qui vous s’excuse. Pour lui, parce qu’après tout il ne peut rien faire pour moi en dehors de me filer une clope ou une pièce. Pour la société, qui n’en fait pas plus pour les gens comme nous. Ceux qui à un moment ont touché le fond, y ont trouvé une belle enclume et depuis, tente de remonter à la surface… Mais avec une enclume, je ne vous dis pas le bordel que c’est pour y arriver. Non parce qu’en plus, son poids augmente au fil des années, sinon ce ne serait pas drôle.

Si je lui demandais de revenir pour me donner un exemplaire de la photo ? Tu parles. Il ne le fera jamais. Je ne suis qu’un objet sur sa route. Le représentant d’une réalité qu’il n’est capable d’accepter et de tolérer que derrière son objectif. Et s’il disait oui ? Il reviendrait me voir. Cela m’occuperait une journée de plus. Je deviendrais un peu la mascotte du quartier… Le « hobo » à la clope et au regard ténébreux…

Ah ah ! Comme si j’étais encore capable d’avoir un regard ténébreux ! Non mais descends de ton nuage. Et voilà cinq secondes devant l’objectif et tu te rêves déjà star… Tu es bien ridicule.

Et voilà, il abaisse son appareil. Il me regarde, pas plus de quelques secondes et hoche la tête. Pour me remercier d’avoir « posé » ou pour me saluer. Mystère… Il reprend sa route. Le nez en l’air à la recherche de la prochaine cible à prendre dans son objectif.

Allez savoure ta clope mon p’tit père c’est probablement la seule de la journée…