Atelier d’écriture n°262 – Une photo quelques mots

sans-titre

© Kot

Allez, essaye de sourire…

Donne lui ce qu’il veut. Après tout, ce n’est qu’une photo. Et puis c’est toujours flatteur que quelqu’un s’intéresse à toi.

Cela ne t’es pas arrivé depuis combien de temps ?

Tes gamins ? La dernière fois que tu les as vu ? Que tu as entendu le son de leur voix ? Tu parles, c’est à peine si tu te rappelles du nom du mari de la première et de la date de naissance de tes deux petits enfants… Remarque, ils sont peut-être plus nombreux aujourd’hui…

Et ton fils. Celui qui ne jurait que par toi quand il avait 10 ans. Mon père ce héros. Tu parles ! Une erreur, et voilà, le piédestal on l’oublie vite. Il avait tes yeux. Elle n’arrêtait pas de le dire. Enfin comme si cela pouvait m’aider à me faire une image concrète.

Les miroirs, je n’en ai pas croisé depuis des lustres. A quoi ça sert un miroir en dehors de vous renvoyer en pleine gueule toutes vos imperfections, vos erreurs…

Une photo. Je me demande franchement ce qui peut l’intéresser en moi. Les gens passent leur temps à me passer devant sans me voir. A croire que l’invisibilité est un don beaucoup plus facile à posséder qu’on ne l’imagine.

Il me sourit. De ce sourire qui en dit long. De celui qui vous s’excuse. Pour lui, parce qu’après tout il ne peut rien faire pour moi en dehors de me filer une clope ou une pièce. Pour la société, qui n’en fait pas plus pour les gens comme nous. Ceux qui à un moment ont touché le fond, y ont trouvé une belle enclume et depuis, tente de remonter à la surface… Mais avec une enclume, je ne vous dis pas le bordel que c’est pour y arriver. Non parce qu’en plus, son poids augmente au fil des années, sinon ce ne serait pas drôle.

Si je lui demandais de revenir pour me donner un exemplaire de la photo ? Tu parles. Il ne le fera jamais. Je ne suis qu’un objet sur sa route. Le représentant d’une réalité qu’il n’est capable d’accepter et de tolérer que derrière son objectif. Et s’il disait oui ? Il reviendrait me voir. Cela m’occuperait une journée de plus. Je deviendrais un peu la mascotte du quartier… Le « hobo » à la clope et au regard ténébreux…

Ah ah ! Comme si j’étais encore capable d’avoir un regard ténébreux ! Non mais descends de ton nuage. Et voilà cinq secondes devant l’objectif et tu te rêves déjà star… Tu es bien ridicule.

Et voilà, il abaisse son appareil. Il me regarde, pas plus de quelques secondes et hoche la tête. Pour me remercier d’avoir « posé » ou pour me saluer. Mystère… Il reprend sa route. Le nez en l’air à la recherche de la prochaine cible à prendre dans son objectif.

Allez savoure ta clope mon p’tit père c’est probablement la seule de la journée…

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4 réflexions sur “Atelier d’écriture n°262 – Une photo quelques mots

  1. Adele dit :

    Il y avait une vie à imaginer mais il y avait aussi ce regard de l’homme vers le photographe, a analyser. Y a-t-il eu échange, y a-t-il eu autorisation d’être pris en photo (capturé ?) ?
    C’est fou toutes ces façons d’écrire sur l’homme et l’humanité. Tu as su trouver un angle inattendu. Bravo.

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