Atelier d’écriture 257 – Une Photo quelques mots

church

© Emma Jane Browne

 

A chaque fois que je viens ici pour te parler, je t’imagine en train de te fendre la poire. Tu as réussi finalement. L’air de rien, tu as gagné cette manche. J’ai mis les pieds dans une église. Qu’est-ce que je n’aurai pas fait pour toi, je me le demande encore…

Encore un matin… C’est étrange comme petit à petit cela devient moins difficile. Se réveiller sans ton corps à mes côtés. Venir ici de mon plein gré alors que tu n’as jamais réussi à m’en faire passer la porte avant. Je préférais t’attendre sur un banc dans le parc en face. Tu te précipitais entre ces quatre murs, de peur d’être en retard, à croire que si tu manquais les premiers mots de la messe, notre foyer allait être maudit. Tu sautais de la voiture, sans même un regard, en me lançant un simple « n’en profites pas pour trop fumer ! ». Tu savais que cela avait le don de me taper sur les nerfs dès le matin et pourtant tu ne pouvais pas t’en empêcher. C’était comme un jeu pour toi. J’aurai tout donné pour t’entendre à nouveau prononcer ces mots. Enfin, il faut que je me fasse une raison….

En fin de compte, ce n’est pas aussi insurmontable que tout le monde le laisse entendre. Il faut être honnête. Ne plus t’entendre me reprocher que je fume beaucoup trop. Ne plus avoir à excuser mon amour pour le vin. Ne plus devoir me justifier à chaque fois que je passe un peu trop de temps dans mon bureau, à faire du sport ou à voir mes amis. Ne plus avoir à écouter sans cesse le même vieil album de Barbara, tout cela parce que ton père t’a appris à danser dessus. Je suis certain que tout ça te rend dingue là où tu es…

Ne plus me chamailler avec toi pour un rien, je crois que c’est ce qui me manque le plus. Tiens d’ailleurs, tu sais que le chien des Maurois a encore arraché une partie de tes rosiers en voulant planquer son os dans le jardin… J’aurai tellement aimé te voir lui courir après avec le tuyau d’arrosage en hurlant qu’il allait finir en kebab… Ah ! Et le brave Gérald… Tu le verrais… Il a encore une belle bosse. Vingt ans qu’il nous rend visite tous les vendredis et vingt ans qu’il se cogne la tête au moment de rentrer en passant par le jardin. On pourrait croire, après toutes ces années, qu’il baisserait la tête ou qu’il aurait l’idée de passer par la porte principale… Mais non… Il y a des choses qui sont immuables…

Sinon, notre fils a encore décidé de partir à l’aventure. Six mois en Polynésie. Il s’y rend pour construire une école… Il aura tout fait pour le changer ce satané monde… J’avais prévu de repeindre la barrière du jardin… En blanc… Ah oui, désolée, le vert pour ne faire qu’un avec la nature, c’est fini. Et inutile d’argumenter, tu ne me feras pas changer d’avis…

Il est temps que j’y aille. Je ne voudrais pas me faire coincer par ton prêtre pour qu’il me propose encore une fois de me confesser… Passe une bonne journée. A demain. Même heure.

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