Atelier d’écriture n°255 : Une photo Quelques mots

© Fred Hedin

© Fred Hedin

Des années… Elle avait passé des années à pianoter sur les touches de son clavier. Laissant son imagination la guider, son inspiration prendre le contrôle. Parfois, c’est comme si elle ne contrôlait plus ses mains. Ses doigts avaient leur propre conscience, leur propre rythme. Seul le cliquetis des touches résonnaient dans le bureau, dans la maison même.

Elle se souvenait du bonheur qu’elle ressentait en voyant les mots s’aligner sous cette gymnastique quotidienne. La liberté qui l’envahissait en voyant ses idées les plus folles prendre forme. Un petit sourire se dessinant sur son visage lorsqu’elle était persuadée d’avoir brillamment joué avec les mots ou trouver l’idée qui faisait la différence. De temps à autre, elle fronçait les sourcils, à la recherche effrénée de la bonne tournure, du synonyme correct. Venait aussi cette stupeur, cette inertie, quand durant des heures, ses mains étaient immobiles, survolant le clavier, attendant que sa muse reprenne du service.

Cet outil, que la famille s’était procuré pour faciliter la tenue de la comptabilité de la petite entreprise de son père, était devenue –  en moins de temps qu’il n’en faut pour écrire « Supercalifragilisticexpialidocious » – son nouveau comparse. Elle passait tous ces moments de libre devant cet écran. Les lettres, les mots, les phrases se succédaient pour ne former qu’un nuage devant ses yeux fatigués au gré des heures passées à leur donner corps.

Un matin, réveillée par le son des touches que l’on martèle, elle descendit inquiète à l’idée de voir dans quel état ce « bourreau » du clavier allait lui laisser son ami. Elle resta à nouveau sans voix, quand elle aperçut un clavier vacant à côté de celui qui se faisait maltraiter. Prônant la paix au sein de la famille, il était dorénavant évident qu’elle aurait son propre ordinateur, tandis que le second serait à la disposition des autres membres.

Il était entièrement à elle. Déjà inséparable, il ne ferait à présent plus qu’un. C’était la promesse silencieuse qu’elle lui avait faite…

Le temps passa et elle grandit. La vie les rattrapa tous les deux et sans en avoir réellement conscience, elle rompit sa promesse subtilement, discrètement…

Aujourd’hui, elle ne comptait plus le nombre de fois où elle lui avait été infidèle, ni le nombre de jours passé loin d’un clavier. Vivant sa vie plutôt que d’écrire toutes celles qu’elle se rêvait. En fouillant dans le grenier, elle ne s’imaginait pas le recroiser. Une chance de lui dire « au revoir » en bonne et due forme. De se rappeler cette période pleine d’innocence. De trouver l’étincelle qui lui manquait depuis temps d’année pour oser recommencer à nouveau…

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