Captives d’Atom Egoyan

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Qui aurait pensé que le Festival de Cannes proposait de diffuser en sélection officielle et en exclusivité la saison 3 de The Killing ? Oups ! On me dit dans le creux de l’oreille que c’est en fait le film d’Atom Egoyan, Captives que nous avons sous les yeux. Ah bah voilà, cela explique pourquoi le personnage de Mireille Enos ne s’appelle pas Sarah Linden, mais Tina… Décidément, ce festival est plein de surprises.

Un sujet sulfureux, un traitement trop lisse

Le film commençait pourtant sous de très bons auspices. A savoir : Un magnifique panoramique à 360° sur un paysage enneigé. Le cinéaste d’ailleurs fait dès cette ouverture écho à ce que sera sa narration : durant 2h, on tourne en rond passant du présent à différentes strates du passé des personnages que l’on suit dans ce thriller. Permettant ainsi au spectateur de creuser un peu plus du côté de la personnalité de chacun et de ne pas se focaliser uniquement sur l’enquête criminelle. On vous avait prévenus que The Killing n’était pas loin. On fait donc face ici à la disparition mystérieuse d’une petite fille. Et pour éviter de tomber dans les clichés d’un film d’enquête, Egoyan décide de tout faire pour perturber voire perdre son public. Que ce soit en brouillant les pistes ou en multipliant les temporalités.

Egoyan, en pensant provoquer la surprise, s’avère en fait utiliser des codes que les nouvelles séries policières comme Broadchurch (pour ne pas toujours citer la même) ont mis en place avec un beau succès à la clef. Difficile de lui reprocher de reprendre une recette qui fonctionne, surtout qu’ici aussi le tout fait son petit effet. Et on ne le répétera jamais assez, mais transposer les codes des séries télé au cinéma ne suffit pas à faire un bon film. Et puis pourquoi lâcher 10€ pour quelque chose que l’on peut voir gratuitement à la télévision bien confortablement installé dans notre lit.

Du coup, soit le spectateur se prend tout de même au jeu en reconstituant le puzzle ou alors il se contente d’être passif et d’attendre que ça se passe et là bonjour l’ennui. On voudrait aussi pouvoir saluer la prestation des différents acteurs, mais en dehors de Kevin Durand (flippant et impressionnant en kidnappeur), Rosario Dawson, Ryan Reynolds and co se reposent sur leurs acquis. C’est tout spécialement le cas de Mireille Enos qui, a beau être parfaite dans la peau de l’agent Linden, ici propose une pâle version alternative de ce personnage…

Petit à petit, on vient à espérer que le cinéaste canadien ne nous offrira pas de happy ending, car pour le coup il aurait ainsi bousculé pas mal de chose avec ce revirement. Alors certes, déjà il traite de la pédophilie en ne faisant que l’insinuer. Peur de choquer ? Sujet trop problématique ? On ne peut qu’essayer de deviner pourquoi il décide d’être si lisse avec un sujet aussi sulfureux. Alors quand il en rajoute une couche en permettant à la famille d’être réunie à nouveau, on a l’impression qu’il veut terminer sur une note positive pour ne pas que le public le vilipende. C’est vraiment dommage de constater qu’il est si facile de gâcher le potentiel de ce qui aurait pu devenir un vrai bon thriller.

PUBLIE PREALABLEMENT SUR ENVRAK.FR

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