Rentrée littéraire : Kinderzimmer de Valentine Goby

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DEVENIR MERE DANS UN CAMP DE CONCENTRATION

Il y a quelque chose de gênant à la lecture du dernier roman de Valentine Goby, Kinderzimmer. Serait-ce le sujet dramatique et tire larme ? Ou le fait qu’il réunit tous les ingrédients pour faire un carton auprès du lectorat ? Kinderzimmer prend place durant la Seconde Guerre Mondiale en plein cœur du camp de concentration de Ravensbrück. Il met en scène le destin tragique de Mila (la narratrice de ces pages) qui se découvre enceinte alors qu’elle essaye de survivre à la dureté du camp et de ses geôliers.

« Que faire du ventre. De l’enfant dans le ventre, trois mois et demi environ. Que faire du corps empêché. Personne ne sait qu’elle est enceinte sauf Lisette et Brigitte, elle n’a pas voulu le dire, par superstition, puis n’y a pas pensé. Maintenant ça prend toute la pensée. L’enfant invisible est-il une mort précoce. La morte portée au-dedans. »

La plume talentueuse de Valentine Goby ne s’amuse pas à broder autour de ce destin, elle préfère creuser en profondeur pour aller au plus près des émotions que son héroïne et les autres femmes qui l’entourent ressentent. Elle parle de leur corps, de leur douleur, de l’espoir. Au-delà des mots, il y a quelque chose de purement physique dans ces lignes. Elle donne corps à son texte au point que les images se forment dans l’esprit du lecteur aussi crues et dures soient-elles.

« Se voir dans leur miroir, traverser le miroir, frôler les corps et se dire : c’est moi. Toutes, moi. Lire les numéros cousus sur les manches, se demander combien de semaines séparent on corps du corps d’en face. »

Guider par les pas de Mila qui jour après jour essaye de savoir si d’autres femmes sont dans sa situation, si donner naissance à cette enfant n’est pas signer leur arrêt de mort, si la liberté et une vie normale est encore envisageable, le lecteur est rapidement pris au piège. Il ne lui reste que deux alternatives : Souffrir avec ces 40 000 femmes et partager l’horreur de leur quotidien ou ne voir ici qu’une recette cynique pour obtenir le succès et quelques prix littéraires… Pas évident de choisir son camp car si on doit bien saluer le travail de recherche de l’auteur et son talent pour choisir le mot juste, on ne peut s’empêcher de ne voir la que les prémices de quelques chose de plus profond.

« Mila ne rince plus ses vêtements en dépit de la sueur qui les raidit, des taches de boue, de soupe, de la puanteur du tissu là où il touche l’aisselle, la vulve, les pieds, parce qu’alors il faudrait se coucher, le soir, humide contre les jambes grelottantes de Lisette, aggraver sa fièvre et, de loin en loin, avancer sa fin, l’affreuse solitude d’après sa fin. »

Il faut au moins reconnaître à la romancière l’ingéniosité dans le choix de son sujet pour traiter d’une période historique maintes fois mise en scène. La plus belle réussite de Kinderzimmer est d’offrir dans un langage charnelle, presque incantatoire, une ode à la vie pour ces femmes qui ne renoncent jamais (ou presque) alors que tout autour d’elles n’est que mort, barbarie et putréfaction.

Kinderzimmer de Valentine Goby
Ed. Actes Sud / Déjà disponible en librairies

Les effets de cette lecture :

– Découvrir une autre facette des camps de concentration
– Admirative face aux courages de ces femmes
– Révoltée face à l’horreur qu’elles ont vécu

Article écrit pour EnvraK.fr

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