Les Proies d’Annick Cojean

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Si Kadhafi espérait emmener son plus grand secret dans « sa tombe », c’était sans compter sur Annick Cojean et le courage des femmes libyennes qui ont accepté de témoigner. En novembre 2011, la journaliste du Monde publiait un article faisant froid dans le dos. Une jeune femme confiait comment, à l’âge de 15 ans, elle est devenue l’une des esclaves sexuelles du Guide libyen.

« Toute protestation était impensable.  » Qui songerait, en enfer, à porter plainte contre le diable ? » »

Cet article est devenu un livreLes Proies. Dans la première partie, Annick Cojean laisse la parole à Soraya avant de rencontrer d’autres victimes. Les mots, les confessions de ces femmes frappent là où ça fait mal. Ils touchent l’aveuglement dont ont fait preuve des milliers de gens et même les plus hauts placés. Tout ceci n’était qu’un secret de polichinelle, les gens préférant laisser faire par peur des représailles… Difficile de ne pas repenser à la visite de ce dictateur fou en France en 2007 avec de sérieux hauts le cœur et un sérieux sentiment de révolte face à la politique en général.

Le témoignage de Soraya est cru. Elle ne cache rien. Et pourtant, elle ne peut ni faire payer son bourreau, ni avoir une vie normale maintenant qu’elle est « libre ». La Libye et la religion musulmane font d’elle la victime d’une double peine. Elle a été rejetée par sa famille qui est en disgrâce parce qu’elle a été défloré avant le mariage, rejetée par la société qui l’a considère comme une pute ou une alliée de Kadhafi, rejetée par la religion pour avoir pêché malgré elle.

« Car elle était victime. De ces victimes dont la société libyenne ne veut pas entendre parler. De ces victimes dont l’outrage et l’humiliation rejaillissent sur l’ensemble de la famille et de la nation tout entière. De ces victimes si encombrantes et perturbantes qu’il serait plus simple d’en faire des coupables. Coupables d’avoir été victimes… »

Ce récit douloureux se double d’une enquête de la journaliste, bien décidée à donner la parole aux victimes du Guide, mais aussi à certains de ces acolytes. Au final, on prend conscience du pouvoir d’un seul homme, suffisamment pervers et dément pour obtenir tout ce qu’il veut dans la plus grande impunité. C’est très certainement l’une des choses les plus effrayantes. Car si, aujourd’hui, Kadhafi est mort, on peut supposer qu’un autre homme de pouvoir, quelque part dans le monde, agit pas de la même façon. On prend aussi conscience que certaines personnes se cachent derrière une pseudo foi pour dissimuler leurs actes. Kadhafi a fait du sexe une arme de guerre pour faire régner la terreur autour de lui.

Ces témoignages pourtant n’ont pas suffit à faire de la question du viol un élément majeur de la reconstruction de la Libye. Le pays a préféré enterrer ces victimes, même celles encore en vie, pour faire comme si ces années d’horreur n’avaient pas existé. Aussi perturbant et dérangeant que ce livre peut-être, il doit être lu, car les gens doivent savoir. Il faut arrêter de cacher ce genre d’horreur derrière un voile de honte et de silence. Annick Cojean porte le flambeau de ce que le journalisme d’investigation devrait être, toujours et encore…

Les Proies dans le harem de Kadhafi d’Annick Cojean
Ed. Le Livre de Poche / Déjà disponible en librairies

Les effets de cette lecture :

– Énervement
– Sentiment de révolte
– Envie de tuer Kadhafi (même s’il n’est déjà plus de ce monde) et ses sbires de multiples manières toutes plus atroces les unes que les autres
– Envie de rencontrer Annick Cojean pour parler du journalisme

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