Une photo, quelques mots…. Le voleur

C’est via le blog de  Leiloona, que j’ai découvert cet atelier d’écriture « Une photo, quelques mots ». Le principe est simple, chaque mardi elle publie une photo et à partir de là il faut rédiger un texte s’en inspirant. Pas de genre ou de ton imposés. Il suffit de se laisser guider par ce que la photo fait ressortir en nous.

peniche1 - Kot²

peniche1 – Kot²

Cette nuit là, il errait sur les quais. Son terrain de chasse habituel se trouvait du côté des quartiers plus animés à cette heure avancée. Il savait que s’il ne parvenait pas à trouver un domicile dans lequel se glisser durant l’absence de ses habitants, il pourrait toujours se faire un peu d’argent en jouant les pickpockets. Plus la rue était animée et plus il avait de chance de s’en sortir avec un butin honorable. Il n’était pas un voleur de grand chemin, même quand il parvenait à s’immiscer dans un logement, il ne prenait que quelques bijoux et le liquide qu’il trouvait. La faim le tiraillait tellement par moment, qu’il s’autorisait aussi une incursion dans la cuisine, à la recherche de quelques réserves pour les jours à venir.

Mais contrairement au reste de l’année, cette nuit, il avait dû changer sa stratégie. Ses quartiers de prédilections étaient envahis par la police. Le célèbre feu d’artifice du 14 juillet n’allait plus tarder à débuter. Si tous les habitants étaient de sortie, les forces de l’ordre étaient d’autant plus présente. Il ne voulait prendre aucun risque et bien qu’une nuit au chaud dans une cellule ne lui aurait probablement pas fait de mal, il aimait sa liberté plus qu’un banc miteux et la promiscuité avec ses compères d’infortunes.

Il avait alors décidé de profiter de cette nuit pour se retirer dans un lieu plus calme. Loin de l’agitation ambiante et isolés de l’éclairage urbain, les quais étaient un endroit apaisant. Il se prit à flâner comme à l’époque où il était jeune et insouciant avec sa bande de potes. Le nez en l’air observant ce qu’il pouvait apercevoir d’étoiles, il s’approcha d’une péniche-restaurant qui semblait laissée à l’abandon. Rôdant autour quelques minutes pour s’assurer que personne ne vivait dedans et surtout que personne ne le verrait entrer, il sembla cependant capter quelques bruits sourds. Prêtant ces-derniers à des rats, il sauta avec la légèreté d’une gazelle sur le pont.

Il se glissa à l’intérieur. Le bateau ne semblait plus alimenté en électricité. Ses yeux mirent quelques minutes à s’habituer à l’obscurité. En dehors des clapotis de l’eau qui résonnaient dans ce lourd silence, il lui semblait percevoir par intermittence d’autres sons. N’arrivant pas à les identifier, il décida de les suivre. Si c’était des rats, peut-être que ceux-ci étaient en train de manger les dernières réserves comestibles que l’on pouvait trouver en cuisine… Il ne voulait pas passer à côté d’un potentiel repas. Il s’engouffra plus profondément dans le ventre de la péniche. Au loin, dans les cales, il lui sembla apercevoir la lueur d’une bougie. Les bruits qu’il entendait alors depuis quelques minutes se faisait de plus en plus audible.

Des gémissements… Oui, c’était bien ça, des gémissements. Alors qu’il s’approchait de la flamme dansante de la bougie, il dut se retenir de pousser un cri quand quelque chose lui agrippa la cheville. Il baissa ses yeux tout doucement en essayant de garder son calme. La main sur la bouche pour éviter de laisser le moindre son s’en échapper, il tomba sur une main décharnée qui avait bien du mal à rester accroché à sa jambe. Cette main était rattachée à un bras, puis à un corps tout aussi squelettique. Il s’écarta un peu pour laisser la lueur de la bougie éclairer l’occupant de ce qui ressemblait à une cellule de fortune. Il dû à présent contenir la frayeur qui s’emparait de son regard en observant ce qui avait tout l’air d’être un enfant. Celui-ci, lui faisait signe de se taire et avec quelques gestes désarticulés lui demanda de l’aide. Les gémissements provenant de la pièce au bout de ce couloir lui rappelèrent pourquoi il était descendu ici dans un premier temps. Il observa l’enfant et les environs. Son inquiétude grandit en même temps qu’un sentiment de panique quand il se rendit compte que d’autres pièces du même genre était présente. En plissant un peu les yeux, il arrivait à distinguer d’autres formes recroquevillées dans le noir, respirant à peine. Mettant un pied devant l’autre de manière automatique, il se rapprocha de la bougie, mais s’arrêta net quand il comprit enfin que les gémissements qu’il entendait était ceux de personnes faisant l’amour. Tout se mit à se mélanger dans sa tête, et alors que ses pieds rebroussaient chemin de la manière la plus discrète possible, les éléments dont il venait de prendre connaissance commençaient à s’imbriquer dans son cerveau pour ne former qu’un seul message : Il devait fuir, mais il ne pouvait pas laisser ces enfants sans aide. Il regarda une dernière fois le petit être qui lui avait attrapé la cheville et se précipita vers la sortie.

Une fois à l’air libre et sur le quai, il souhaitait du plus profond de son cœur que tout ce qui s’était déroulé ces dix dernières minutes ne soit qu’une illusion. Mais en refermant les yeux, il ne voyait que ces corps décharnés, maltraités, laissés à l’abandon. Il se mit alors à courir, courir aussi vite que ses jambes pouvaient le porter. Au loin, un groupe de policiers faisait sa ronde. Sans vraiment y réfléchir, il ramassa ce qu’il trouva par terre et le jeta dans leur direction en proférant toutes les insultes possibles et imaginables qui lui vinrent en tête. Il ramassa d’autres pierres et continua à les viser. Deux agents se mirent à sa poursuite. Il courut à nouveau, mais cette fois dans l’idée de se faire suivre et non distancer. Il continuait de les injurier, jusqu’au moment où de retour sur le quai, il se tût et pénétra à nouveau dans la péniche en espérant que les flics le suivraient à l’intérieur. Ces-derniers, orgueilleux, ne comptaient pas laisser échapper un petit vaurien qui osait s’en prendre à leur autorité.

Il se sentit rassurer quand il aperçut la lumière des lampes torches de ses poursuivants. Il fit alors suffisamment de bruit pour être suivit jusque dans les cales. Dans le couloir à la bougie, l’un des agents arriva à le plaquer au sol, tandis que le second observant les environs, fût attirer par la bougie et les bruits de panique qui émergeait de la pièce du fond. Pointant leurs armes vers la pièce, ils demandèrent du renfort à l’aide de leurs talkies-walkies.

Allongé sur le sol, les menottes dans le dos, le voleur tourna la tête en direction de l’enfant et lui sourit. Si lui risquait de passer le reste de la nuit au trou, les jeunes captifs de la péniche allaient très probablement finir la leur dans un lit d’hôpital en sécurité…

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2 réflexions sur “Une photo, quelques mots…. Le voleur

  1. chanone dit :

    tu écris magnifiquement bien, je suis totalement immergée dans ton histoire qui m’a d’ailleurs très effrayée…je suis ravie que tu es finie ce récit sur cette très belle note, je crois que sinon je ne l’aurais pas aimée
    bises

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