Une photo, quelques mots… Si seulement ils osaient…

C’est via le blog de  Bric à Brook , que j’ai découvert cet atelier d’écriture « Une photo, quelques mots ». Le principe est simple, chaque mardi elle publie une photo et à partir de là il faut rédiger un texte s’en inspirant. Pas de genre ou de ton imposés. Il suffit de se laisser guider par ce que la photo fait ressortir en nous.

©Kot²

©Kot²

Ils étaient côte à côte. Comme chaque jour, ils faisaient une partie du trajet les menant au travail ensemble. Et comme chaque jour, seul un lourd silence régnait entre eux. Ils avaient pourtant tellement de choses à se dire. Depuis des années les non-dits avaient pris le dessus. Le silence était devenu la règle d’or. Il valait mieux ça que les conflits que la parole engendrait.

Et pourtant, s’il osait, il lui dirait…

« Ce silence me tue. J’aimerai te parler, te dire toutes ces choses qu’un père est censé dire à sa fille devenant femme, mais je n’y parviens pas. Tu es là si près et en même temps si loin. Je sais que je n’ai pas été le père que tu aurais voulu. Je n’ai pas toujours su te rattraper quand tu étais sur le point de tomber. Je n’ai pas su être présent quand tu en avais besoin. On se ressemble plus que tu ne le crois. Ton indépendance, ta volonté de construire ta vie seule, ton sacré caractère… Tout ça c’est moi. Enfin, celui que j’étais à ton âge. La vie nous change, elle nous transforme en adulte et elle ne nous permet pas toujours d’aller là où on le voudrait. J’aimerai te dire que je suis fier de toi. Fier de t’avoir pour fille. Fier de voir la femme que tu deviens. Je voudrais te dire que j’ai confiance en toi. Si parfois, je ne suis pas d’accord avec tes choix, c’est parce que j’ai peur pour toi. Peur de ce que l’avenir te réserve. Peur de te voir tomber à nouveau et de ne pas être là. Peur de te perdre. Tu seras toujours mon enfant, celle à travers laquelle le mot papa a pris tout son sens. Celle a qui je suis malheureusement incapable de dire je t’aime. Et pourtant, je t’aime ! »

Au début, elle avait tenté de percer ce silence. Elle cherchait des sujets de conversations aussi anodins qu’inintéressants… Et au prix de certains efforts, elle parvenait à lui arracher quelques mots. Puis, elle avait renoncée. Elle s’était renfermée dans sa bulle comme elle savait si bien le faire. Au point de faire comme s’ils ne se connaissaient pas. Comme s’il était un simple usagers du métro comme un autre.

Pourtant, si elle osait lui dire ce qu’elle a sur le cœur, ça pourrait donner ça…

« Je sens que tu me regardes. Je sens que tu me cherches. Comme tu m’as toujours cherché. Ce contact, ce lien qu’un père et une fille peuvent partager, nous ne l’avons jamais entretenu. J’ai pourtant essayé de faire le premier pas. J’ai demandé à faire du foot car je savais que tu serais fier d’avoir une fille, un brin garçon manqué tapant dans la balle. Mais ça n’a pas marché. J’ai essayé de te parler, mais les mots ne sont jamais venus correctement. Et tu n’as jamais été doué pour comprendre le sous-texte de mes gestes, des mes actes. Pourtant, tu as été ma bouée quand je me sentais couler. Tu as toujours été l’homme que j’admirais pour son courage, pour les sacrifices qu’il a fait pour mon éducation. Tu es mon père et ça personne ne pourra me le prendre. Quand tu es loin de moi, j’ai la sensation d’être incomplète. Tu es une part de moi comme je suis une part de toi. Nos ressemblances font aussi nos différences. On arrivera jamais à être totalement d’accord, mais ce n’est pas grave. Je sais que tu t’inquiètes pour moi, mais tu dois me laisser faire mes propres erreurs. J’ai appris à tomber et à me relever seule et ça a fait de moi quelqu’un de plus fort. Si j’en suis là aujourd’hui, c’est en partie grâce à toi. Tu es à jamais mon petit papa. »

Le cœur lourd, ils n’arriveront à rompre le silence qu’au moment où le métro arrivera en station des Invalides. Il se lèvera. Elle détachera les yeux de son écran. Ils se feront une bise rapide en se souhaitant une bonne journée. Les portes du métro se refermeront derrière lui. Elle ne remettra pas les yeux sur son écran, mais les gardera sur la place vide à côté d’elle jusqu’à la fin de son voyage, en silence.

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8 réflexions sur “Une photo, quelques mots… Si seulement ils osaient…

  1. Leiloona dit :

    Je n’avais pas vu « ce couple » comme un père et sa fille, c’est un point de vue terrible du coup ..
    Et malheureusement tellement vrai.

    Merci Emily.

    • emidreamsup dit :

      En voyant cette photo, ce lien entre eux m’est venu naturellement… C’est étrange comme les photos que tu nous proposes nous parlent différemment aux uns et aux autres 😉

  2. mamido55 dit :

    C’est un très beau texte, très émouvant. Des personnages qui ont une âme, une histoire, tout ce que j’aime. Comme c’est difficile, les rapports père/fille! Je trouve à ton histoire une portée universelle.

  3. mathylde dit :

    C’est un beau texte ! Je n’avais pas du tout pensé à un possible lien familial entre les deux personnes… Ca donne une toute autre dimension à la photo.

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