Une photo, quelques mots… Derrière le mur…

Voici une participation de dernière minute à l’atelier de Leiloona. L’inspiration m’est venue ce matin. J’espère que ça vous plaira.

©Kot²

©Kot²

 

Ils ne s’étaient jamais vu, enfin jamais dans leur corps d’adultes. Ils n’avaient que dix ans lors de leur dernière séance de jeu d’enfants. Elle se souvenait de cette journée comme si ces 28 années n’avaient jamais existé.

Elle n’avait qu’à prendre quelques secondes pour se replonger dans ce souvenir si vivant qu’il remplissait à chaque fois son corps d’une chaleur inattendue. Elle le revoyait avec son regard d’un noir profond qui restait toujours d’une immense prévenance. Même lorsqu’elle lui demandait de s’habiller en fille ou qu’il l’entrainait dans une expédition pleine de dangers dans les différents quartiers en ruines de leur ville. Ce regard l’a hantait, car dès qu’elle s’observait dans le miroir, elle le retrouvait. Ils avaient les mêmes yeux, c’était la seule chose qu’elle savait avec certitude. C’est ce qu’il lui permettrait de le reconnaître le jour où, enfin, ils seront autorisés à se retrouver.

Le souvenir de cette journée la perturbait toujours. Si l’après-midi de jeu avait été parfaite, il était parti le soir même passer la nuit chez son meilleur ami de l’autre côté de la ville. Ils s’étaient embrassés sur la joue et s’étaient promis de continuer leur jeu le lendemain dès son retour.

Elle l’avait attendu dans cette chambre durant des semaines, des mois, des années… Ses parents avaient eu le plus grand mal à lui expliquer pourquoi elle ne reverrait pas son frère jumeau pour le moment. Ils lui avaient parler d’un immense mur qui, au beau milieu de la nuit, avait séparé la ville en deux, empêchant les habitants des différents quartiers de se retrouver. Elle ne comprenait pas pourquoi un mur pouvait les empêcher d’être à nouveau ensemble. Eux qui avaient eu pour habitude d’escalader toutes sortes d’obstacles depuis qu’ils étaient en âge de marcher. Les cicatrices sur leurs genoux ou leurs coudes le prouvaient amplement.

Ils avaient grandi chacun de leur côté de ce mur sans pouvoir se voir, sans pouvoir combler ce vide qui avait pris place près de leurs cœurs. Ils se savaient en vie grâce au courage de quelques rebelles qui risquaient chaque jour leur peau pour remettre des messages d’espoir aux familles brisées par cette amoncellement de briques.

28 années s’étaient écoulées. Elle passait sa soirée, comme à chaque fois, à lire et relire ces lettres. Essayant de l’imaginer de l’autre côté de ce mur. Des cris provenant de la rue attirèrent son attention. Elle se pencha par sa fenêtre et entendit les mots rêvés depuis si longtemps. Le mur, ce fameux mur était en train de tomber. Sans réfléchir, ne lâchant pas ses lettres, elle descendit dans la rue et se mit à courir, courir comme elle ne l’avait pas fait depuis ses dix ans.

Des larmes brouillaient sa vision, mais elle savait que bientôt, elle n’aurait plus besoin de miroir pour retrouver la bienveillance de son regard noir…

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3 réflexions sur “Une photo, quelques mots… Derrière le mur…

  1. Leiloona dit :

    Très joli texte malheureusement bien réel … Combien ont souffert de cette séparation.
    Le côté « sensuel » du début bascule par la suite sur la noire réalité. Bien amené ! 😀

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